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Safiyah (radhia Allahou anha), fille d’Abdoul Mouttalib, était une femme
honorable. Sa mère, Hala, était la fille de Wahib et la cousine de la mère du
Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), Amina. Safiyah était
aussi à la fois tante et cousine du Prophète (paix et bénédictions d’Allah
soient sur lui), de même qu’elle était la sœur de Hamza (radhia Allahou anhou).
Safiyah (radhia Allahou anha) a d’abord été l’épouse de Harith bin Harb al-Oumawi,
duquel elle eut un fils. Après la mort de Harith, elle épousa Awwam bin
Khouwailid Qorashi Al-Asadi, qui était l’un des frères de Khadija (radhia
Allahou anha). De cette union, elle eut un fils qu’elle nomma Zoubair. Awwam
décéda lorsque Zoubair était encore très jeune, après quoi Safiyah, bien
qu’encore jeune, ne se remaria pas ; elle resta veuve jusqu’à la fin de sa vie.
Safiyah (radhia Allahou anha) éleva son fils Zoubair avec beaucoup de
discipline. Elle espérait ainsi en faire un brave et courageux soldat ; c’est
pourquoi elle le forçait souvent à accomplir d’exigeants travaux et le battait
régulièrement. Une fois, l’oncle de Zoubair, Nawfil, ne pouvant supporter plus
longtemps de voir son neveu se faire battre de cette façon, demanda à Safiyah,
sur un ton de reproche : « Tu veux le battre à mort ?! » Et il demanda aux
autres membres de la tribu de tout mettre en œuvre pour empêcher Safiyah de
battre son fils.
Lorsque Safiyah comprit que tous étaient au courant du fait qu’elle battait son
fils, elle s’expliqua ainsi : « Quiconque croit que je bats Zoubair par
méchanceté est dans l’erreur. Je le bats afin qu’il devienne sage et brave, et
pour qu’il puisse vaincre l’ennemi et rapporter des butins. »
Dans son livre « Isabah », Ibn Hajar Asqalani rapporte qu’une fois, alors que
Zoubair (radhia Allahou anhou) était encore jeune, il se retrouva dans une
situation où il eut à se battre avec un homme très fort. Dans la bagarre, il lui
brisa la main et des gens vinrent s’en plaindre à Safiyah. Elle leur répondit :
« Comment avez-vous trouvé Zoubair ? S’est-il comporté comme un brave ou comme
un lâche ? » Et elle comprit qu’elle avait fait de son fils quelqu’un de brave
et de très courageux.
Lorsque le Prophète Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui)
commença à prêcher le message de l’islam, Safiyah et son fils Zoubair, qui avait
alors seize ans, embrassèrent l’islam et devinrent de véritables compagnons du
Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Safiyah (radhia Allahou
anha) était du nombre des musulmans de la première heure.
Zoubair avait beaucoup d’admiration et d’amour pour le Prophète de l’islam. Un
jour, il entendit une rumeur selon laquelle les ennemis de l’islam avaient
capturé et martyrisé le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).
Dans un état d’agitation extrême, il prit son épée et courut chez le Prophète où
il le trouva sain et sauf. Il se sentit extrêmement soulagé. Le Prophète (paix
et bénédictions d’Allah soient sur lui), à la vue de l’épée nue que Zoubair
tenait à la main lui demanda : « Que t’arrive-t-il, Zoubair ? » Ce dernier lui
répondit : « Ô Messager d’Allah ! Que mes parents soient sacrifiés pour toi !
J’avais entendu dire que les ennemis de l’islam t’avaient capturé et martyrisé.
» Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) sourit et demanda :
« Si ça avait été le cas, qu’aurais-tu fait ? » Zoubair répondit : « Ô Messager
d’Allah ! J’aurais combattu les Mecquois jusqu’à ma mort ! »
Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) quitta
définitivement la Mecque afin d’émigrer à Médine, Zoubair était en Syrie pour
affaires. Sur le chemin du retour, il rencontra le Prophète (paix et
bénédictions d’Allah soient sur lui) et Abou Bakr (radhia Allahou anhou). Très
content de les voir, il leur offrit des vêtements blancs qu’ils enfilèrent
aussitôt. Ils reprirent leur chemin en direction de Médine ; Zoubair les salua
et retourna à la Mecque.
Quelques jours plus tard, Zoubair, accompagné de sa mère, Safiyah, et de sa
femme, Asma, fille d’Abou Bakr, émigra à Médine. En chemin, ils s’arrêtèrent à
Qouba où sa femme donna naissance à un fils qu’ils nommèrent Abdoullah bin
Zoubair. La naissance de ce petit-fils de Safiyah eut une grande signification
dans l’histoire de l’islam car les juifs, à ce moment-là, prétendaient avoir
réussi à empêcher la naissance de tout enfant mâle chez les musulmans grâce à
leurs pouvoirs magiques. Donc les musulmans ne se tenaient plus de joie
lorsqu’ils apprirent la naissance d’Abdoullah et se mirent à scander « Allahou
akbar ! » dans les rues.
À Médine, Safiyah habita avec son fils et sa bru, Asma, qui prit très bien soin
d’elle.
Avant leur migration à Médine, Safiyah avait été contrainte de se séparer de son
fils bien-aimé, car après leur conversion à l’islam, les Mecquois, incluant
l’oncle Nawfil, étaient devenus leurs pires ennemis et les avaient opprimés sans
relâche. Alors, sur les conseils du Prophète (paix et bénédictions d’Allah
soient sur lui), Zoubair s’était joint à une caravane de musulmans qui
émigraient à Habasha (Éthiopie). Trois mois plus tard, ces musulmans exilés
apprirent que les Mecquois avaient à leur tour embrassé l’islam ; ils décidèrent
donc de retourner à la Mecque. Cependant, comme ils se rapprochaient de la
Mecque, on leur dit que cette nouvelle était tout à fait fausse. Ils se
retrouvèrent donc dans une situation difficile et n’eurent d’autre alternative
que de se mettre sous la protection de certains chefs de Qouraish.
Zoubair se réfugia chez un chef qouraishi du nom de Zamaa bin al-Aswad. Et
Safiyah, très heureuse de revoir son fils, remercia Allah qu’il lui soit revenu
sain et sauf.
Safiyah (radhia Allahou anha) était une brave et courageuse femme. En l’an 3 de
l’Hégire, lorsqu’il y eut une période de grande agitation au cours de la
bataille de Ouhoud, elle sortit, une lance à la main, et se dirigea d’un pas
résolu vers le champ de bataille. Ce geste inspira de la honte à tous les
musulmans qui s’enfuyaient du champ de bataille. Fâchée, elle leur lança : «
Abandonnez-vous le Prophète ? ». Et elle poursuivit son chemin d’un pas ferme.
Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) vit Safiyah
s’avancer vers le champ de bataille, il appela Zoubair et lui dit de prendre
soin de sa mère et de faire en sorte qu’elle ne voit pas le corps de son frère
Hamzah (radhia Allahou anhou), mort en martyr aux mains de Wahshi bin Harb. Car
pour venger la mort de son père, Outbah, qui avait été tué au cours de la
bataille de Badr par Hamzah, Hind avait coupé le nez et les oreilles de ce
dernier. Elle avait aussi ouvert son abdomen, en avait retiré le foie et l’avait
mâché (!).
Lorsque Zoubair dit à sa mère que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah
soient sur lui) lui conseillait de ne pas s’approcher, elle en devina
immédiatement la raison. Elle dit : « Je sais que le corps de mon frère a été
mutilé. Cela m’est insupportable, mais si Allah le veut, j’aurai de la patience.
»
Alors le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) permit à Safiyah
(radhia Allahou anha) de voir le corps de son frère. Ses yeux s’emplirent de
larmes en voyant l’état dans lequel était le corps de son frère et, abasourdie,
elle dit : « Inna lillah wa innal layhi rajioune ». Ensuite, elle pria pour le
salut de son frère et fondit de nouveau en larmes. La voyant pleurer amèrement,
le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne put contenir ses
larmes et se mit à pleurer lui aussi.
Consolant Safiyah, il lui dit : « Gabriel m’a informé qu’au Paradis, Hamzah bin
Abdoul Mouttalib a été nommé le « Lion d’Allah et le Lion du Messager d’Allah. »
Safiyah (radhia Allahou anha) était aussi une poétesse ; elle a écrit de très
beaux poèmes et elle a également composé d’émouvantes élégies. Lorsqu’elle vit
le corps de son frère Hamzah, elle récita une élégie dont un passage est traduit
ici en français :
« Aujourd’hui, tu as vu le jour éclairé d’un soleil assombri, alors
qu’auparavant il brillait de mille feux. »
Elle a aussi composé une élégie à la mémoire de son père, Abdoul Mouttalib :
« Les lamentations nocturnes d’une femme m’ont fait pleurer. Elle pleurait la
perte d’un brave homme. Mes larmes coulaient sur mes joues comme des perles.
Quel dommage que ce brave homme nous ait quittés. Il n’était pas malhonnête et
sa réputation s’étendait partout. Issu d’une noble lignée, il était très
généreux et pourvoyait aux besoins des gens en temps de famine. Sa grandeur lui
aurait valu une vie éternelle. Si une telle vie était possible, il aurait vécu
indéfiniment du fait de sa noblesse de caractère et de son amabilité. »
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et Safiyah avaient
beaucoup d’affection l’un pour l’autre car ils avaient été élevés dans la même
maison. Donc lorsqu’il mourut, en l’an 11 de l’Hégire, ce fut un grand choc pour
elle. À cette occasion, elle composa une élégie dont voici un extrait:
« Ô Messager d’Allah, tu étais notre espoir, tu étais notre bienfaiteur et tu
voulais notre bien. Tu étais notre guide et notre patient maître. Aujourd’hui,
chacun devrait pleurer ta mort. Que moi-même, ma mère, mon oncle, ma tante, mon
oncle maternel et toute ma fortune soyons tous sacrifiés si cela peux te ramener
à la vie. Hélas ! nous aurions été tellement plus heureux si Allah avait laissé
notre maître parmi nous ! Mais le commandement d’Allah est final. Qu’Allah te
bénisse et te fasse vivre au Paradis. »
Safiyah (radhia Allahou anha) provenait d’une famille noble et elle était
respectée de tous. Tout ce qu’elle a fait pour la cause de l’islam et des
musulmans ne sera jamais oublié.
Au cours de la bataille de Ahzab (des Tranchées), en l’an 5 de l’Hégire, les
infidèles et les juifs d’Arabie s’étaient unis pour attaquer la ville de Médine.
Bien que ce fut un moment critique pour les musulmans – les juifs de Banou
Qouraidhah voulaient leur peau à tout prix – ils ne perdirent pas courage. Ils
sacrifièrent leurs biens et leur vie, bien déterminés à combattre les ennemis de
l’islam jusqu’à leur dernier souffle.
Dans cette situation critique, il était impératif de protéger les femmes et les
enfants des noirs desseins des ennemis qui se trouvaient à l’intérieur de Médine
et des juifs de Banou Qouraidhah. Ils furent donc transférés au Fort de Faraa
par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui leur désigna
Hassan bin Thabit comme gardien.
Bien que le fort fût sécuritaire, le danger les guettait tout de même. Le
Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), soutenu par tous ses
compagnons, était occupé à défendre Médine contre les ennemis de l’islam, et
rien ne séparait le fort du quartier de Banou Qouraidhah. Un jour, un juif
s’approcha du fort, cherchant à évaluer la situation à l’intérieur de celui-ci.
Safiyah le remarqua et comprit immédiatement qu’il s’agissait d’un espion. Elle
comprit également que s’il retournait vers les siens et qu’il rapportait aux
juifs qu’il n’y avait que des femmes et des enfants dans le fort, certainement
ils viendraient tous les attaquer. Elle demanda donc au gardien, Hassan, de tuer
ce juif. Mais il lui répondit qu’il en était incapable. On rapporte qu’à ce
moment-là, il aurait répondu à Safiyah : « Si j’avais été en mesure de me battre
avec ce juif, j’aurais accompagné le Prophète sur le champ de bataille. » Suite
à cette réponse, cette brave femme rassembla son courage, arracha l’un des mâts
de la tente du gardien et alla en asséner un coup sur la tête du juif qui tomba
raide mort. Aussitôt, elle demanda à Hassan de couper la tête du juif, mais il
montra de la répugnance. Alors Safiyah la coupa elle-même, monta tout en haut du
fort et la jeta en bas. Lorsque les juifs de Banou Qouraidhah virent la tête de
leur frère, ils s’imaginèrent qu’un bataillon de l’armée musulmane se cachait
dans le fort. Effrayés, ils n’eurent point le courage d’attaquer.
Selon ce qu’ont rapporté d’autres historiens, Safiyah aurait aussi demandé à
Hassan de dépouiller le corps du juif de ses effets personnels, et il lui aurait
répondu qu’il ne souhaitait pas prendre possession de ces objets.
Safiyah (radhia Allahou anha), de par son grand courage, a donc sauvé les femmes
et les enfants des musulmans du danger qui les menaçait en contrecarrant les
plans des juifs.
Cette noble musulmane est décédée à l’âge de 73 ans, durant le califat d’Omar
Farouq (radhia Allahou anhou) et fut enterrée dans le cimetière d’al-Baqie. Son
souvenir demeurera au sein de la communauté musulmane jusqu’au Jour du Jugement.