CISDP
Abdoullah ibn Mas’oud (radhiallaahou anhou)
Quiconque désire réciter le Coran de façon aussi pure qu’il a été révélé, qu’il le récite comme Ibn Oumm Abd (i.e. Ibn Mas’oud)
Le soleil était brûlant. Et il n’y avait aucun espoir de trouver de l’eau dans les gorges arides des montagnes de la Mecque, où le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et son compagnon Abou Bakr étaient venus chercher un peu de répit contre l’oppression et le harcèlement des païens de la Mecque. Comme ils pénétraient plus profondément encore dans les dépressions montagneuses, une soif intolérable les envahit, une soif qui leur enlevait toute énergie et desséchait leur gorge.
Ils poursuivaient leur chemin, en quête d’eau, lorsqu’ils aperçurent un garçon qui menait un troupeau de moutons. Il paraissait jeune et frêle, mais lorsqu’ils se rapprochèrent de lui, ils comprirent qu’il s’agissait d’un adolescent. « Jeune homme, donne-nous un peu de lait de l’une de ces brebis pour étancher notre soif », dit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). « Je n’en ferai rien », dit le garçon, « car on m’a confié ces moutons, qui appartiennent à Ouqbah ibn abi Mou’ait. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne discuta pas; en réalité, l’honnêteté du garçon lui faisait vraiment plaisir. Alors il dit : « Montre-nous une brebis qui n’a pas encore eu de petits. » « Ça, je peux le faire », répondit le garçon. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) attrapa la brebis que lui désignait le garçon et pressa son pis en invoquant Allah. À son grand étonnement, le jeune vit le pis s’enfler, puis produire du lait. Il savait très bien qu’une brebis n’ayant jamais eu de petits ne pouvait donner de lait. Abou Bakr apporta une pierre creuse, que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) emplit de lait. Il donna à boire à Abou Bakr et au garçon. Puis il dit au pis : « Reprends ta forme! » et il se resserra jusqu’à reprendre sa taille normale. Le garçon dit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Apprends-moi les mots que tu viens de dire. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui répondit : « Tu es un garçon intelligent. » Peu après, le garçon devint musulman. Comment ne le serait-il pas devenu après avoir été initié à l’islam par un tel miracle! Ce jeune s’appelait Abdoullah ibn Mas’oud. Avant de rencontrer le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il avait entendu les gens parler d’un homme qui se disait prophète, mais il n’y avait pas vraiment porté attention, probablement en raison de son jeune âge, et aussi parce qu’il se trouvait loin de la Mecque la plupart du temps, étant chargé de faire paître les moutons dans les montagnes depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil.
Peu de temps après cet événement, ibn Mas’oud offrit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) d’entrer à son service. Il abandonna son poste de berger pour être avec lui, et il devint plus près de lui que son ombre. Il était avec lui lors de ses voyages et il était également avec lui lorsqu’il était en ville. Il le réveillait à l’heure lorsqu’il dormait et le masquait aux regards lorsqu’il se lavait. Il lui apportait ses chaussures lorsqu’il s’apprêtait à sortir et les lui retirait lorsqu’il rentrait. Il portait son miswak et son bâton et dormait dans une chambre contiguë à la sienne. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui permettait d’entrer chez lui à n’importe quel moment et ne lui cachait jamais rien, au point où on se mit à l’appeler le « gardien des secrets du Prophète ». Mais le désir le plus profond d’Ibn Mas’oud était d’acquérir des connaissances auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et de suivre son exemple en toute chose. Il vécut donc dans sa maison et le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) devint son guide. Il finit par tellement ressembler au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), au niveau de son comportement, que Houthafah dit, à son sujet : « Je n’ai jamais vu une personne plus proche du Prophète en termes de caractère et de conduite que Ibn Mas’oud. »
La sincérité de la foi de Ibn Mas’oud se révéla réellement lorsqu’il osa, un jour, faire une chose que nul autre que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) n’avait osée avant lui, c’est-à-dire réciter le Coran à voix haute dans la Ka’abah. À ce moment-là, les musulmans étaient peu nombreux et vulnérables. Ils se rassemblèrent tous, un jour, avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dirent : « Par Allah, Qouraish n’a jamais entendu ce Coran lui être récité clairement. Y a-t-il quelqu’un, parmi nous, qui se porterait volontaire pour le leur faire connaître? » Ibn Mas’oud se leva d’un bond : « Moi! Je vais le faire! ». « Nous avons peur pour toi. Il faut un homme de bonne famille, car cette dernière le protégera s’il est attaqué par les gens », lui répondirent-ils. « Laissez-moi faire. C’est Allah qui me protégera. », insista-t-il.
Le matin suivant, il se rendit à la Ka’abah au moment où les chefs de Qouraish y étaient rassemblés. Lorsqu’il atteignit l’endroit connu sous le nom de Maqam Ibrahim, il récita : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » en élevant la voix. « Le Tout Miséricordieux. Il a enseigné le Coran. Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer clairement. » [sourah ar-Rahman]. Ils le regardèrent attentivement. « Mais qu’est-ce que le fils d’Oumm Abd raconte? » se demandèrent-ils. « Malheur à lui! Il est entrain de réciter certaines des paroles que prêche Mohammed! » Ils se levèrent comme un seul homme et firent pleuvoir les coups sur lui, le frappant au visage et sur la tête, tandis qu’il persistait à réciter les paroles d’Allah aussi longtemps qu’Allah le lui permit. Puis il retourna voir ses compagnons, le visage enflé et ensanglanté. Ils s’exclamèrent : « Voilà exactement ce que nous craignions qu’il ne t’arrive! » « Les ennemis d’Allah ne me sont jamais apparus aussi méprisables qu’aujourd’hui, et si vous le voulez, j’y retournerai demain et je ferai la même chose. », répondit-il. « Non! », dirent-ils, « Tu en as assez fait! Tu leur as fait entendre ce qu’ils ne veulent point entendre. »
Non seulement Ibn Mas’oud était-il un jeune homme courageux et déterminé, il était également celui qui, parmi les compagnons, connaissait le mieux le Coran et son interprétation, au point où on lui avait donné le titre de « érudit de la Oummah ». Abou Moussa al-Ash’ari a dit, à son sujet : « Ne nous demandez rien concernant la religion tant que ce savant sera parmi vous. » Et Ibn Mas’oud a lui-même dit : « J’ai appris soixante-dix sourates directement du Prophète et personne ne peut prétendre les connaître mieux que moi. »
Ibn Mas’oud n’était pas connu pour ses richesses ou pour son statut social, car c’était un pauvre berger, pas plus qu’il ne l’était pour sa force physique, car il était petit et frêle. Et pourtant, il était très cher aux yeux du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui appréciait sa sincère dévotion ainsi que l’enthousiasme et la hâte qu’il démontrait lorsqu’il s’agissait d’acquérir de nouvelles connaissances au sujet de sa religion. Une fois, il grimpa à un arbre afin d’y cueillir une petite branche pour le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), car ce dernier avait besoin d’un miswak. Lorsque les compagnons qui se trouvaient sur place virent ses jambes frêles, ils se mirent à rire. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Vous vous moquez des jambes de Ibn Mas’oud! Elles sont, aux yeux d’Allah, plus lourdes dans la Balance que le mont Ouhoud! »
Par ailleurs, Ibn Mas’oud possédait une voix incroyablement belle, une voix qui émouvait jusqu’aux larmes ceux qui l’écoutaient réciter le Coran. À l’époque où ‘Omar était calife, un homme vint voir ce dernier et lui dit : « Ô chef des croyants! J’arrive de Koufah, où j’ai vu un homme qui dicte le Coran à des scribes, de la première à la dernière page, prétendant le connaître par cœur. » Le visage de ‘Omar s’empourpra de colère. Puis il demanda : « Malheur à toi! Qui est cet homme? » « Abdoullah ibn Mas’oud », répondit l’homme. La colère de ‘Omar disparut aussi vite qu’elle était venue et il dit: « Par Allah, je ne connais personne qui soit plus digne de cette tâche que lui. » Puis il poursuivit : « Je vais te raconter une histoire à son sujet. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et moi passions la soirée chez Abou Bakr lorsque nous nous levâmes tous trois pour aller à la mosquée. Rendu sur place, nous vîmes un homme qui priait, mais nous ne le reconnûmes pas à cause de l’obscurité qui régnait. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) s’arrêta un moment pour l’écouter réciter le Coran. Puis il se tourna vers nous et dit : « Quiconque désire réciter le Coran de façon aussi pure qu’il a été révélé, qu’il le récite comme ibn Oumm Abd (i.e. Ibn Mas’oud). » Par la suite, nous vîmes Ibn Mas’oud s’asseoir pour faire des invocations et le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit, en le regardant de loin : « Demande, car tu seras exaucé! Demande, car tu seras exaucé! » Je me dis en moi-même : ‘ Par Allah, j’apporterai cette bonne nouvelle à Ibn Mas’oud.’ , mais lorsque je vins le voir le lendemain matin, j’appris que Abou Bakr l’en avait déjà informé. Je ne me suis jamais empressé d’accomplir une bonne action sans trouver que Abou Bakr m’y avait précédé. »
Les connaissances coraniques de Ibn Mas’oud devinrent si approfondies qu’il disait lui-même : « Par Allah, il n’y a pas un seul verset du Livre d’Allah dont j’ignore où il a été révélé et à quel sujet. » Et il n’exagérait pas; voici un exemple pour illustrer sa parfaite connaissance du Coran.
Une fois, tandis qu’il voyageait, ‘Omar rencontra une caravane. Comme, dans l’obscurité de la nuit, il n’arrivait pas à distinguer les gens qui en faisaient partie, il dit à l’un de ses hommes d’appeler à haute voix et de demander d’où ils venaient. Il se trouva que Abdoullah Ibn Mas’oud faisait partie de la caravane, alors il répondit : « Nous venons du ravin profond. » « Et où allez-vous? », demanda l’homme. « À l’Ancienne Maison », répondit Ibn Mas’oud. « Il y a un érudit parmi eux », fit remarquer ‘Omar à ses compagnons. Il dit à son homme de demander :
- « Quel verset du Coran est le plus important? » Abdoullah Ibn Mas’oud répondit : « Allah! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent… [2:255] »
- « Demande-leur quel verset du Coran représente le plus la justice? », dit ‘Omar à l’homme. « Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches ... [16:90] », répondit Ibn Mas’oud.
- « Quel verset du Coran est le plus globalisateur?», demanda ‘Omar. « Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome le verra, et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome le verra. [99:7-8] », répondit Ibn Mas’oud.
- « Quel verset est le plus effrayant? », demanda ‘Omar. « Ceci ne dépend ni de vos désirs ni des désirs des gens du Livre. Quiconque fait un mal sera rétribué pour cela, et ne trouvera en sa faveur, hors d’Allah, ni allié ni secoureur. [4:123] », répondit Ibn Mas’oud.
- « Quel verset apporte le plus d’espoir? », demanda ‘Omar. « Dis : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux. (39:53) », répondit Ibn Mas’oud.
‘Omar dit à son compagnon de leur demander si Abdoullah Ibn Mas’oud se trouvait parmi eux. « Oui », répondirent-ils, « par Allah, il est bien parmi nous! ».
Ibn Mas’oud vécut jusqu’au califat de ‘Outhman, au cours duquel il tomba malade et mourut. Ses lèvres n’avaient cessé de réciter le Coran et de glorifier Allah jusqu’à la toute dernière minute, au moment où son âme quittait son corps.