Les liens de la foi

Akram Diya Al-Omari

Les liens qui unissent les gens sont de différents types.  Les gens se regroupent, par exemple, en tribus, nations, pays et/ou nationalités.  Différentes nationalités peuvent également se réunir sous une même bannière si elles sont liées par une même religion ou par des intérêts communs.  Les liens de parenté ou de descendance sont connus pour avoir formé la base des premières sociétés humaines.
Lorsque l’islam est apparu, les gens étaient rassemblés par tribus, comme dans la Péninsule arabe, entre autres; ou alors par nationalités, comme en Perse, ou enfin par groupes religieux comme dans l’empire byzantin.  L’islam a fait du lien de la foi la base la plus importante sur laquelle doivent se fonder les gens pour s’unir, tout en permettant et même en encourageant les autres liens, comme les liens familiaux, à la condition qu’ils n’entrent pas en conflit avec ce principe.  C’est ainsi que l’islam a établi des lois ayant trait, par exemple, à la sécurité sociale et à l’héritage, ainsi qu’aux relations avec les voisins et aux droits de ces derniers.  La loi islamique régit également les relations entre les membres d’un même clan et la coopération dont ils doivent faire preuve dans le paiement des rançons, tout comme elle régit les relations entre les membres d’une même ville, en donnant aux pauvres, par exemple, la priorité pour recevoir la zakah des riches de la ville.

Mais ces relations ne doivent jamais entrer en conflit avec les liens de la foi. Elles sont invalidées si elles violent ou nuisent aux principes de la foi.  En islam, le concept de communauté repose sur la foi. Le lien vis-à-vis des coreligionnaires a préséance sur tout autre lien fut-il paternel, filial, conjugal ou tribal.  C’est ainsi que Abou Oubaydah a combattu son propre père, qui était un idolâtre, et l’a tué lors d’un affrontement à la bataille de Badr.  Et c’est avec une certaine indifférence qu’il a vu le corps de son père être traîné puis jeté dans le puits de al-Qabil, à Badr. (Ibn Hisham, Sirah, 2/75)

Ibn Ishaq a dit: « Ibn Wahab, un des confédérés de Banou ‘Abd al Dar, me raconta que lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) reçut les prisonniers de guerre (de Badr), il les distribua parmi ses compagnons et dit à ces derniers : « Traitez-les convenablement. »  Abou ‘Aziz ibn ‘Omayr ibn Hashim, le frère de sang de Mous’ab ibn ‘Omayr, se trouvait parmi les prisonniers.  Abou ‘Aziz dit : « Mon frère passa près de moi et dit à l’Ansari qui était chargé de me garder : « Ne le libère pas.  Sa mère est riche; peut-être te paiera-t-elle une rançon pour le faire libérer. » (Voir Ibn Kathir, al-Bidayah, 1/106-7)

Ibn Hisham a dit : « Cet Abou ‘Aziz était le porteur d’étendard des Moushrikines (associateurs); en fait, il avait pris la place de al-Nadr ibn al-Harith, qui venait d’être tué.  Lorsque son frère (Mous’ab) parla à Abou al-Yousr, qui en avait la garde, Abou ‘Aziz lui dit : « Ô mon frère!  Est-ce là la recommandation que tu as à faire à mon sujet? »  Mais Mous’ab lui répondit : « Il (Abou al-Yousr) est mon frère, mais pas toi. »

At-Tirmidhi a rapporté, avec un isnad qu’il a qualifié de hassan sahih : « Ibn Abou ‘Omar nous a dit que Soufyan lui avait raconté la chose suivante, rapportée par ‘Amr bin Dinar qui entendu Jabir ibn ‘Abdallah dire : « Nous étions en campagne [Ici, Soufyan dit : « Ils croient que c’était la campagne contre Banou al Moustaliq.] lorsque l’un des Mouhajiroun poussa l’un des Ansars…  ‘Abdallah ibn Oubayy ibn Saloul l’apprit et dit : « Les choses sont-elles vraiment allées aussi loin?  Par Allah, lorsque nous serons de retour à Médine, le plus fort se débarrassera du plus faible. »  Son fils, Abdallah ibn ‘Abdallah lui dit alors : « Par Allah, tu n’y retourneras pas avant d’avoir admis que c’est toi, le plus faible, et que le Messager d’Allah est le plus fort. », et il finit par l’admettre. (At-Tirmidhi, Sounan 5/90, Kitab al Tafsir)

‘Abdallah ibn ‘Abdallah ibn Oubayy traitait son père convenablement et le respectait (al-Houmaydi, Mousnad 2/520), mais pour lui, les liens de la foi avaient priorité sur ses liens familiaux.  Alors quand il vit son père insulter les musulmans, il offrit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de tuer son père et de lui apporter sa tête. (Al-Haythami, Majma’ al-Zawa’id, 9/318)
Le Coran explique la priorité des liens de la foi dans l’histoire de Noé (que la paix soit sur lui) et de son fils :

« Et Noé invoqua son Seigneur et dit : « Ô mon Seigneur, certes mon fils est de ma famille et Ta promesse est vérité.  Tu es le plus juste des juges. »  Il (Allah) dit : « Ô Noé!  Il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme.  Ne me demande pas ce dont tu n’as aucune connaissance.  Je t’exhorte afin que tu ne sois pas du nombre des ignorants. » (11:45-46)

Allah a expliqué qu’en dépit du fait que le fils de Noé était lié à lui par le sang, il n’était pas vraiment un membre de sa famille parce qu’il avait renié la vérité et ne croyait ni en Allah ni en Son prophète.  Le Coran donne la raison pour laquelle les liens entre Noé et son fils ont été rompus, lorsqu’il affirme : « Il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme. ».  Si un lien aussi étroit que celui-là peut être rompu parce qu’il entre en conflit avec la foi, il va de soi que les liens fondés sur la race, la couleur et la nation seront également rompus s’ils entrent en conflit avec les intérêts de la foi.

L’islam a limité les liens de fraternité et d’amitié aux croyants uniquement.  Allah dit :
« Les croyants sont des frères. » (49:10)

Il a interdit l’amitié entre les croyants et les mécréants, qu’ils soient associateurs, juifs ou chrétiens, même s’il s’agit de leurs père et mère, de leurs frères et sœurs ou de leurs fils et filles, et Il a affirmé sans équivoque que ceux qui font fi de cette règle se rendent coupables d’un péché.  Donc le fait, pour un croyant, de prendre pour ami intime un mécréant constitue un grave péché.
« Ô vous qui croyez!  Ne prenez pas pour alliés vos pères et vos frères s’ils préfèrent la mécréance à la foi.  Et quiconque parmi vous les prend pour alliés… ceux-là sont les injustes. » (9:23)

Le Coran met toutes les relations et tous les intérêts mondains du musulman sur un plateau de la balance et met son amour pour Allah, Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et sa lutte pour la cause de l’islam sur l’autre plateau.  Il met en garde les croyants contre le fait de donner préséance à leurs intérêts sociaux et à leurs relations avant leur foi.
Allah dit :

« Dis : « Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos épouses, vos clans, les biens que vous gagnez, le négoce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous sont agréables vous sont plus chers qu’Allah, Son messager et la lutte dans le sentier d’Allah, alors attendez qu’Allah fasse venir Son ordre [l’accomplissement de Sa menace].  Et Allah ne guide pas les gens pervers. » (9:24)
Ces versets de la sourah at-Tawbah ont été révélés pour encourager les musulmans à la hijrah (migration) à Médine, où ils devaient aller défendre le nouvel État islamique qui venait d’y être créé.  Les nobles compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) réussirent à passer au travers de cette épreuve; ils abandonnèrent leur famille, leurs biens et leurs propriétés qui leur étaient chers et allèrent vivre à Médine par amour pour Allah et Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et pour lutter pour la cause de l’islam.

C’est donc sur la base de l’islam que fut fondée la société de Médine.  C’était une société basée sur la foi et entièrement soumise à l’islam, qui reconnaissait uniquement l’amitié et la protection mutuelle reposant sur la foi en Allah et en Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  C’est là le plus noble de tous les liens unissant les êtres humains.  Les croyants sont les amis et les protecteurs les uns des autres et ils éprouvent de l’empathie les uns pour les autres. (Abou Daoud, Nasa’I, ibn Majah).  La communauté musulmane est ouverte à tous et n’importe qui peut s’y joindre, indépendamment de sa couleur, de sa race, de son sexe ou de sa nationalité.

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