Sheikh Muhammad b. `Abd Allah al-Qannâs
Abou Hourayrah rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Les présages n’existent pas. Tout au plus peut-on parler de bon augure. »
Ses compagnons demandèrent : « Et qu’est-ce qu’un bon augure? »
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Une bonne parole que vous entendez. » (Sahih al-Boukhari (5754), sahih Mouslim (2223))
Ce hadith, et plusieurs autres, nous enseigne que croire aux présages va à l’encontre de l’islam.
Quant à la bonne parole à laquelle fait allusion le hadith, c’est lorsque quelqu’un entend parler d’une chose et se sent réconforté par ce qu’il a entendu. On pourrait dire qu’il s’agit d’une forme d’optimisme. Par exemple, une personne alitée à l’hôpital à cause d’une grave maladie entend quelqu’un passer et dire « tout ira bien, incha’Allah » et elle se sent encouragée par cette parole.
Une autre personne cherche un objet qu’elle a perdu et entend quelqu’un dire « Gloire à Allah! Il est vraiment capable de tout » et comprend, par ces paroles, qu’Allah l’aidera à trouver ce qu’elle cherche.
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se sentait encouragé par les bonnes paroles qu’il entendait.
Cependant, il interdisait clairement aux gens de croire aux présages en général et aux présages de mort plus particulièrement, leur expliquant que le fait de croire que les présages peuvent influer sur notre destin – de façon positive ou négative – est une forme de polythéisme.
‘Abdallah b. Masoud rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « [La croyance aux] présages est une forme de polythéisme. » Et il le répéta trois fois. (Sounan Abou Daoud (3411))
Sahl b. Sa’d al-Sa’idi rapporte, quant à lui, que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Si le mauvais augure existait, il se trouverait dans trois choses : la monture, l’épouse et la maison. » (sahih al-Boukhari (2859), sahih Mouslim (2226))
Dans une autre narration (sahih Mouslim 2227), rapportée par Jabir, le Prophète dit : « Si le mauvais augure existait, il se trouverait dans la maison, le serviteur et le cheval. »
Les érudits musulmans ne font pas tous la même interprétation de ce hadith. Ils ont cherché à l’interpréter de trois façons :
1. L’association mentale. Certains prennent le hadith au pied de la lettre et croient qu’il fait référence au fait que parfois, une personne vivant en un certain lieu, ou mariée à une certaine personne, ou possédant un certain moyen de transport souffre de pertes sérieuses ou semble ne jamais se trouver au bon endroit au bon moment. Bien entendu, cela ne se produit que par le décret d’Allah; mais parfois, la personne peut en venir à détester les éléments de sa vie qu’elle associe, consciemment ou non, à ces mauvaises expériences. Ce que nous dit le hadith, c’est qu’une personne peut chercher à modifier ces éléments faisant partie de sa vie tant qu’elle garde clairement à l’esprit que sa prospérité et la Providence ne dépendent que d’Allah et non des choses qui l’entourent et dont la présence a été décrétée par Allah.
Cette interprétation est soutenue par le hadith rapporté par Anas et dans lequel il raconte qu’un homme vint voir le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dit : « Nous étions plusieurs à vivre dans la même maison et nous étions riches. Puis, nous avons déménagé dans une autre maison et maintenant, nous sommes beaucoup moins nombreux et aussi plus pauvres. »
Le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) lui dit: « Quittez cette maison. » (Sounan Abou Daoud, 3423)
Dans une discussion sur ce hadith, dans Ta'wîl Mukhtalif al-Hadîth (99), Ibn Qoutaybah écrit :
Il leur dit de quitter cette maison seulement parce que le fait de demeurer en un lieu où ils ont subi un tel revers de fortune les aurait accablés et rendus amers. Voilà pourquoi il leur dit de quitter ce lieu. Allah a créé dans la nature humaine une aversion pour les lieux où des souffrances ont été vécues, même si le lieu comme tel n’y est pour rien.
Dans A`lâm al-Hadîth (2/1379), al-Khattabi explique pourquoi le hadith fait spécifiquement référence à la résidence, l’épouse et la monture :
Ce que certains appellent la chance et la malchance sont tout simplement ce que les gens connaissent de bon et de mauvais dans leur vie. Et tout ce qui arrive n’arrive que par la volonté d’Allah. Ces trois choses ne sont mentionnées que parce qu’elles sont les plus omniprésentes dans la vie d’une personne. Même si ces choses n’apportent pas directement la chance ou la malchance, le domicile, l’époux(se) et la monture font partie des choses essentielles dans la vie d’une personne. Par conséquent, elles deviennent plus facilement associées, dans l’esprit d’une personne, avec un malheur qui survient dans sa vie. De la même façon, les gens ont tendance à avoir un sentiment positif envers une personne qui leur a apporté un bienfait, même si cette personne n’avait pas, au départ, l’intention de leur venir en aide ou de leur apporter ce bienfait. À l’opposé, ils auront une impression négative d’une personne qui leur causera des problèmes, même si cette personne n’avait pas l’intention de leur causer du tort.
2. Les mauvaises caractéristiques dans les choses elles-mêmes. Des malheurs peuvent survenir, dans la vie d’une personne, à cause de ces trois choses si elles sont mauvaises en elles-mêmes ou si la personne est trop attachée à elles.
La mauvaise atmosphère d’une maison, par exemple, peut provenir de son étroitesse, de voisins malcommodes ou du fait qu’elle est trop éloignée de la mosquée. Pour ce qui est de l’époux(se), le mauvais sentiment peut venir du fait qu’il ou elle est incapable de concevoir des enfants, ou encore d’un manque de confiance mutuelle. Et pour ce qui est du serviteur, cela peut venir de ses mauvaises manières ou de son indolence.
3. Ces trois choses sont parmi les bienfaits essentiels de la vie. Certains érudits croient que ce hadith fait référence au malheur d’une personne qui vit dans une mauvaise demeure, dont l’époux(se) est désagréable et qui ne possède pas de moyen de transport convenable.
Sa’d b.Abi Waqqas rapporte que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Trois choses apportent du bonheur aux gens : un(e) époux(se) pieux(se), une bonne demeure et un bon moyen de transport. Et trois choses provoquent le mécontentement : un(e) mauvais(e) époux(se), une mauvaise demeure et un mauvais moyen de transport. » [Mousnad Ahmad (1445)]
Al-Boukhari a souligné que ce hadith était renforcé par le verset du Coran qui dit :
« Ô vous qui croyez! Certains, parmi vos épouses et vos enfants, sont de véritables ennemis pour vous. Prenez garde, donc. Mais si vous les excusez, passez outre leurs fautes et leur pardonnez, alors sachez que Dieu est Pardonneur et très Miséricordieux. » (Coran 64:14)
Et Allah sait mieux.