Un retour au tawhid

par Umm Muhammad

La déclaration de tawhid, « la ilaha ill-Allah », est venue corriger les fausses croyances parmi les hommes – non seulement celles des anciens polythéistes, mais celles de tous les hommes jusqu’au Jour du Jugement. Elle atteste qu’il n’y a pas d’autre divinité à part Allah, ni en parallèle à Lui. Rien ne Lui ressemble, rien ne crée ni n’administre la création à part Lui. Le concept de tawhid s’étend nécessairement à tous les aspects de la foi et de l’adoration, à tous les aspects de la vie. Qu’il le reconnaisse ou non, l’homme est entièrement redevable à son Créateur pour le déroulement constant de sa vie, heure après heure, sans oublier les nombreux biens et capacités dont il jouit sur une base régulière. S’il reconnaît qu’Allah seul est le Créateur, l’Administrateur, le Pourvoyeur, le Contrôleur, la source de tous les bienfaits et de toutes les épreuves entre les mains duquel se trouvent le Jugement et la destination dernière, il doit également reconnaître que seul Allah doit être adoré.

Bien que le concept d’adoration (ibadah) ait été, avec le temps, graduellement réduit à certains rituels religieux, sa définition originale est beaucoup plus large. Elle englobe toutes les actions et intentions motivées par la reconnaissance de la grandeur de l’objet d’adoration, ce mélange d’amour et de crainte qui pousse à continuellement s’efforcer de plaire à celui qui est adoré et d’éviter son insatisfaction. L’objet d’adoration occupe constamment l’esprit de celui qui adore et régit son comportement, que ce soit de façon consciente ou inconsciente. Si l’on applique cette définition, il est clair que l’objet d’adoration en question pourrait être autre qu’Allah et ce, même si celui qui adore a prononcé le « la ilaha ill Allah ».

« Vois-tu celui qui érige sa passion au rang de divinité? Allah l’égare sciemment… » (45:23)

Selon certains érudits, le mot « sciemment » signifie, dans ce contexte, qu’Allah connaît bien Son serviteur et sa préférence profonde pour ses propres désirs, tandis que d’autres affirment que cela fait référence au fait que, malgré sa connaissance de la vérité, le serviteur la rejette.

Ceux qui suivent des idéologies politiques, des leaders nationaux, des coutumes étrangères, la mode et autres idées ou personnes de ce bas-monde s’imaginent qu’en dépit de cela, s’ils se prosternent à Allah en prière, ils n’adorent en réalité que Lui. Mais le prophète Mohammed (sallallahou ‘alayhi wa sallam) a corrigé cette fausse perception.

Une fois, ‘Adiyy bin Hatim a entendu le Prophète réciter le verset suivant :

« Ils ont pris leurs rabbins, leurs moines, ainsi que le Messie, fils de Marie, comme seigneurs en dehors de Dieu, alors qu’on leur a commandé de n’adorer que Dieu. » (9:31)

‘Adiyy, qui avait déjà été chrétien, dit : « Ô Messager d’Allah : ils ne les adoraient pas. » Le Prophète (sallallahou ‘alayhi wa sallam) répondit : « Ne leur rendaient-ils pas licite ce qui était interdit et interdit ce qui était licite? Et ne les suivaient-ils pas? » ‘Adiyy répondit par l’affirmative. Alors le Prophète dit : « C’est ainsi qu’ils les adoraient. » (Ahmad et at-Tirmidhi)

L’adoration a donc été définie, entre autres, comme une obéissance, concept que nous retrouvons un peu partout dans le Coran où Allah répète à plusieurs reprises :

« Obéissez à Allah et au Messager. » [3:32, 3:132, 4:59, 8:1, 8:64, 24:54, 47:33, 58:13 et 64:12. Plusieurs autres versets, bien qu’énoncés différemment, transmettent le même message.)

« Le pouvoir n’appartient qu’à Dieu, et Il vous a commandé de n’adorer que Lui. Telle est la religion véritable, mais la plupart des gens ne le savent pas. » (12 :40)

Deux type de shirk (polythéisme) étaient courants tant avant qu’après la venue de Mohammed (sallallahou ‘alayhi wa sallam). Le premier était le fait d’adresser ses invocations à la fois à d’autres divinités et à Allah, tout en prétendant croire en Lui. Le Coran dit pourtant :

« Adorez Dieu. Vous n’avez pas d’autre divinité en dehors de Lui. » (7:73)

L’autre type de shirk est l’adhésion obstinée à des lois et règlements autres que ceux d’Allah.

« N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire en ce qui t’est révélé et en ce qui a été révélé avant toi? Ils voudraient prendre comme juges, (dans leurs disputes), de fausses divinités alors qu’il leur a été ordonné de les rejeter. » (4:60)

L’éloignement du véritable tawhid est tristement répandu, de nos jours. En effet, nombreux sont ceux qui se tournent vers toutes sortes de philosophies étrangères, sans parler des divers modes de vie, de l’adhésion à des partis politiques, des innovations en matière de religion et des innombrables formes de désobéissance envers Allah. Ce dernier, pourtant, avertit les hommes :

« Suivez ce qui vous a été révélé en provenance de votre Seigneur, et ne suivez pas d’alliés (ni de protecteurs) en dehors de Lui. » (7:3)

« Si tu obéis à la majorité des gens qui sont sur terre, ils auront tôt fait de t’égarer du sentier de Dieu. » (6:116)

« Certes, beaucoup de gens, par ignorance, se laissent égarer par leurs propres passions. » (6:119)

« Et n’obéis point à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre rappel, qui suit ses propres passions et qui a dépassé toutes les limites. » (18:28)

Une réforme en profondeur ne sera possible que lorsque la majorité des musulmans seront revenus à la véritable adoration d’Allah et ne tolèreront plus le shirk. Le jihad contre la tyrannie et l’oppression, partout sur la terre, ne sera ni accepté ni soutenu par Allah tant et aussi longtemps que ceux qui y participent ne se dévoueront pas entièrement et purement pour Sa cause tout en se débarrassant de toutes les autres motivations qui pourraient faire obstacle à la pureté de leur intention. Le jihad contre soi-même et le travail de l’âme sont les premiers pas à faire avant même de considérer le jihad pour l’islam.

« En vérité, tant que les gens [qui composent] un peuple ne changent pas ce qui se trouve dans leur cœur, Dieu ne modifie en rien leur condition. » (13:11)

La solution commence avec chaque individu, au fond de son âme.

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