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C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable

Hâtim al-`Awnî

Allah dit: « C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable.  Nul autre que Lui ne les connaît.  Et Il connaît ce qui est sur la terre ferme et dans la mer.  Et pas une feuille ne tombe qu’Il ne le sache.  Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, rien de frais ou de sec, qui ne soit consigné dans un livre explicite. »  (Coran, 6:59)

Il ne fait aucun doute qu’Allah a fait de la connaissance de l’Invisible son domaine exclusif.

Il dit : « Dis : « Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connaît l’Inconnaissable à part Allah. »  Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités! » (Coran, 27:65)

Allah révèle, ou a révélé, certaines choses faisant partie de l’Invisible à quelques-uns de Ses serviteurs parmi les anges et les prophètes.  Et Il ne leur a révélé que ce qu’Il a bien voulu leur révéler.

Les êtres humains n’ont pas été créés de façon à ce qu’ils soient capables de voir ou de connaître les choses du domaine de l’Invisible.  Comment pourrait-il en être autrement alors qu’Allah Lui-même est l’être le plus important faisant partie de l’Invisible?  Y a-t-il un seul être qui puisse comprendre parfaitement la nature d’Allah avec les capacités de compréhension qui lui ont été données?

Lorsque nous lisons l’histoire de la création d’Adam, dans le Coran, on comprend tout de suite que les anges ne possèdent pas la connaissance de l’Invisible.

Allah nous relate le dialogue qui eut lieu entre les anges et Lui-même à ce moment-là :

« Lorsque ton Seigneur confia aux Anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire (khalifah) », ils dirent : « Vas-Tu en désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier? »  Il dit : « En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas! »

Et Il apprit à Adam tous les noms de toutes les choses, puis Il les présenta aux Anges et Il dit : « Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques (dans votre prétention que vous êtes plus méritants qu’Adam). »  Ils dirent : « Gloire à Toi!  Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous as appris.  Certes, c’est Toi l’Omniscient, le Sage. »

Il dit : « Ô Adam, informe-les de ces noms ».  Puis quand celui-ci les eut informés de ces noms, Allah dit : « Ne vous ai-Je pas dit que Je connais les mystères des cieux et de la terre, et que Je sais ce que vous divulguez et ce que vous cachez? »  (Coran, 2:30-33)

Allah nous dit également, dans le Coran, que le Prophète Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne possédait aucune connaissance de l’Invisible en dehors de ce qu’Il a choisi de lui révéler.

« Dis-leur : « Je ne vous dis pas que je détiens les trésors d’Allah ni que je connais l’Inconnaissable.  Et ne je vous dis pas que je suis un ange.  Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. » (6:50)

Dans ce verset, Allah affirme clairement que le Prophète Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne savait rien du monde de l’Invisible.  Il (Allah) lui ordonne même de dire aux gens qu’il ne détient pas ce genre de connaissance.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) n’avait même aucune connaissance de tout ce qui allait lui arriver au cours de sa propre vie.  Il n’a connu, à l’avance, que quelques-uns des événements qui ont marqué sa vie, c’est-à-dire ceux qu’Allah a bien voulu lui révéler.

Dans le Coran, Allah lui ordonne de transmettre ce message, aux gens : « Dis : « Je ne détiens pour moi-même ni profit ni dommage, sauf ce qu’Allah veut.  Et si je connaissais l’Inconnaissable, j’aurais eu des biens en abondance et aucun mal ne m’aurait touché.  Je ne suis, pour les gens qui croient, qu’un avertisseur et un annonciateur. »  (Coran, 7:188)

Cela nous apparaît encore plus clairement lorsque nous étudions la biographie du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Les différents événements qui ont marqué sa vie constituent des preuves évidentes de l’ignorance dans laquelle il était au sujet des choses futures.  Combien de fois lui et ses compagnons ont-ils souffert d’épreuves terribles, de détresse et d’adversité?  S’il avait connu l’Inconnaissable, il aurait facilement pu éviter ces épreuves et en aurait protégé ses compagnons.  Quiconque étudie la biographie du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendra vite compte que la presque totalité de sa vie a été une série d’épreuves et de souffrances de toutes sortes.

Certaines personnes égarées ou déviantes, qui veulent s’attribuer à elles-mêmes ou attribuer à d’autres le pouvoir de connaître l’avenir ou les choses de l’Invisible, citent pour « preuve » des ahadith fabriqués selon lesquels le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et d’autres personnes possédaient ce pouvoir.

Ils citent souvent, par exemple, ces paroles attribuées à ibn ‘Omar, qui affirme que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) aurait dit : « Allah a élevé le monde pour moi afin que je puisse le regarder et voir ce qui s’y passera jusqu’au jour du jugement de la même façon que je regarde la paume de ma main. Allah l’a fait aussi clair pour moi qu’il l’a été pour les prophètes avant moi. »

Ce « hadith » est fabriqué[i].  Il ne peut donc en aucun cas être attribué au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et encore moins, évidemment, être utilisé pour tenter de prouver une chose qui contredit totalement les affirmations du Coran.

Un autre « hadith » qu’ils citent souvent est une déclaration attribuée à Abou Dharr al-Ghifari.  Il aurait dit : « Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) nous a quittés dans cet état : que pas un seul oiseau, dans le ciel, ne battait des ailes sans qu’il ne nous l’ait dit à l’avance. »

Il existe un désaccord au sujet de sa chaîne de transmission.[ii]  Mais la question pertinente, ici, est : que signifie exactement ce hadith?

Dans son livre intitulé Gharîb al-Hadîth, al-Khattabi explique que ces paroles signifient que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a enseigné l’islam de façon si complète que rien n’est resté ambigu.  Il aurait même tout enseigné à ses compagnons concernant les oiseaux – ce qui, d’eux, est licite et illicite, comment ils doivent être égorgés, ce qu’un pèlerin doit payer s’il en tue un durant le Hajj, etc.  [Gharîb al-Hadîth (2/287)]

C’est peut-être ce que voulait dire Abou Dharr, car at-Tabarani relate ses paroles de la façon suivante:

Abou Dharr a dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) nous a quittés dans cet état : que pas un seul oiseau, dans le ciel, ne battait des ailes sans qu’il ne nous l’ait dit à l’avance.  Puis il nous dit : « Il ne reste rien qui puisse vous rapprocher du Paradis et vous éloigner du feu de l’Enfer qui ne vous ait été expliqué. »  [al-Mou`jam al-Kabîr (2/155-156)]

Cette version plus complète nous fait comprendre que ce que les compagnons avaient appris au sujet des oiseaux avait trait aux règles islamiques les concernant.  On ne leur avait certainement pas enseigné toutes les espèces d’oiseaux ou appris tout ce qui allait arriver à chaque oiseau jusqu’au jour du jugement!  Aucune personne un tant soit peu rationnelle ne peut s’imaginer une chose aussi absurde.

Après les preuves claires et irréfutables du Coran et de la Sounnah voulant qu’Allah Seul ait la connaissance de l’Invisible, est-il censé de présenter des narrations fabriquées pour prouver exactement le contraire?  Seuls les gens ayant au cœur une maladie se comportent ainsi.

Allah dit : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre.  Il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à diverses interprétations.  Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation à part Allah.  Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur! »  Mais seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »  (Coran, 3:7)


[i]  Ce « hadith » est mentionné par al-Qastallani dans son livre intitulé al-Mawâhib al-Ladounniyah (3/559), dans lequel il le cite de at-Tabarani.  At-Tabarani fait mention de ce « hadith » dans al-Mu`jam al-Kabîr, comme al-Haythami dans Majma` al-Zawâ’id (8/287) et Abou Nou’aym dans Hilyat al-Awliyâ’ (6/101).  Na’im ibn Hammad le cite dans al-Fitan, (1/27 No. 2).

Toutes ces narrations ont comme chaîne Sa’id bin Sinan, qui le tenait d’Abou al-Zahiriyah, qui le tenait de Kouthayr bin Mourrah, qui le tenait de Ibn ‘Omar.  Ibn Hajr, dans al-Taqrîb (No. 2333), classifie Sa’id bin Sinan al-Houmsi comme « quelqu’un dont les narrations doivent êtres abandonnées ».  Al-Daraqoutni et d’autres l’ont accusé de fabriquer des ahadith.

C’est pour cette raison que al-Haythami, lorsqu’il le cite dans son ouvrage, prends vraiment la peine de souligner à quel point Sa’id bin Sinan est un narrateur jugé « faible ».  [Majma` al-Zawâ’id (8/287)]

[ii]  Ce « hadith » est relaté par Ahmad dans son Mousnad (21361,21439, et 21440), par at-Tabarani dans al-Mou`jam al-Kabîr (2/155-156 no. 1647) et Ibn Hibban dans son Sahih (no.65) et par quelques autres.

Selon al-Daraqoutni, il est rapporté par Moundhir al-Thawri avec une chaîne de narration incomplète venant d’Abou Dharr.  Bien que sa non complétude soit suffisante pour déclarer le « hadith » faible, certaines autres narrations semblent rejoindre sa signification.

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