Ibn Qayyim al-Jawziyyah
Il n’est pas caractéristique du croyant d’accomplir ses devoirs religieux obligatoires de façon superficielle et de se contenter d’éviter ce qui est interdit. Ce qui le caractérise, plutôt, c’est sa foi absolue; aucune objection ne s’élève dans son cœur et aucune obsession n’habite et n’envahit son âme. Plus il est éprouvé, dans sa vie, plus sa foi augmente et plus sa soumission s’affermit. Même s’il prie et qu’il ne constate aucun signe lui permettant de croire que ses prières ont été exaucées, il ne change pas pour autant et ne faiblit pas dans son ardeur; parce qu’il sait qu’il appartient à son Créateur, qui traite avec lui de la façon qu’Il veut. Car si une objection quelconque s’élevait au fond de son cœur, cela signifierait qu’il abandonne son rôle de serviteur pour l’échanger contre celui de protestataire, comme Iblis (le diable).
Une foi ferme et inébranlable se révèle dans les grandes épreuves. Le croyant voit dans Yahya, fils de Zakariyya, un excellent exemple. Il fut confronté et tué par un tyran; et pourtant, Allah (soubhana wa ta’ala), qui en avait fait un prophète, n’est pas intervenu et ne l’a pas défendu. De même, nombre de prophètes et croyants furent victimes de tyrannie, mais Allah a choisi de ne pas venir à leur secours. Si quelqu’un croit qu’Allah est incapable de répondre à ses prières, cela fait de lui un mécréant. Toutefois, si une personne croit qu’Allah peut bel et bien répondre à ses prières mais choisit de ne pas le faire, et qu’elle croit qu’Il peut, par exemple, éprouver des croyants par la faim cependant que des mécréants mangent à leur faim et éprouver des croyants par la maladie tout en accordant à des mécréants une excellente santé, il ne reste plus à cette personne qu’à se soumettre à son Créateur, même si elle est tourmentée et éprouvée.
Le prophète Jacob a pleuré la disparition de son fils Joseph quatre-vingt années durant; mais il n’a jamais perdu espoir, et tout ce qu’il dit, lorsqu’un autre de ses fils disparut à son tour, fut : « Puisse Allah me les ramener tous. »
Moïse a prié contre Pharaon, qui avait tué des enfants, crucifié ses magiciens et coupés leurs mains, pendant quarante ans avant qu’Allah ne réponde à sa prière.
Dans une telle soumission, l’intensité de la foi ne se manifeste pas en de simples rak’ates (unités de prières).
Plusieurs d’entre ceux qui ont cru fermement au destin ont été affligés par toutes sortes de souffrances, et cela n’a fait qu’augmenter leur soumission, de même que la satisfaction de leur Seigneur à leur égard. Et c’est dans cette attitude du cœur et de l’âme que réside la signification des paroles d’Allah lorsqu’Il dit : « Allah les a agréés… » (Coran, 5 :119)
Al-Hassan al-Basri a dit : « Les gens se ressemblent lorsqu’ils sont en bonne santé, mais quand ils sont atteints par des épreuves, c’est là qu’ils se distinguent. »